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Insubmersible, le Donald ?

Après le retrait de ses deux derniers adversaires suite à la primaire en Indiana, Donald J. Trump représentera vraisemblablement le camp républicain à la présidentielle de 2016 contre Hillary Clinton.

Article mis à jour le 12/5/2016

Par Ngagne Fall
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Donald Trump en campagne./ Getty

À quelques encâblures de la fin des primaires, qui laisseront sans doute des séquelles dans le camp conservateur, Donald J. Trump a le champ libre pour satisfaire son appétit vorace en victoires. Au soir du 3 mai, à la suite de sa victoire dans la primaire républicaine en Indiana, il fanfaronnait être « visiblement le seul ego » survivant, quelques minutes après le retrait du sénateur Ted Cruz de la campagne. Engagé à l’origine comme un outsider dans cette bataille interne et préliminaire en vue de la succession de Barack Obama, le milliardaire new-yorkais Donald Trump a dominé ses adversaires en déclarations fracassantes, en exposition médiatique et en victoires au fil des votes. Le magnat de l’immobilier, dont le nom est gravé en couleur or sur plusieurs gratte-ciel à Manhattan, a été tellement insaisissable qu’il a mystifié l’écrasante majorité des commentateurs politiques officiant dans les médias américains.

Au lendemain de sa déclaration de candidature, le 16 juin 2015, et tout le long de la campagne pour la primaire républicaine, les experts médiatiques ont presque unanimement raillé le désir insatiable de M. Trump de faire sa publicité. Ils l'ont à peine pris au sérieux et pronostiqué avec certitude son renoncement ou sa défaite. Aujourd’hui alors que sa nomination comme candidat républicain à la Maison-Blanche paraît inéluctable, la tendance médiatique se confine à l’explication des raisons du fourvoiement concernant le Donald.

Bien que plausible candidat républicain à la presidentielle de 2016, M. Trump est encore loin de gagner la bataille de l'estime médiatique et le ralliement de ses camarades républicains autour de sa candidature. David Brooks du New York Times après avoir reconnu s'être trompé, a ainsi enfoncé le clou : « Donald Trump n'a fondamentalement aucune prédisposition pour être président. Il n'a ni programme réalisable, ni conseillers, ni l'aptitude à apprendre. Son narcissisme secondaire l'a enfermé dans une forteresse. Il ne connaît pas grand chose et ne montre aucun intérêt à vouloir comprendre. Il insulte la fonction une fois occupée par Abraham Lincoln en briguant la présidence avec une moindre préparation que celle nécessaire pour l'achat d'un canapé. » Du côté républicain, le coup de massue est venu d'en haut. Le Speaker Paul Ryan, chef des républicains au Congrès et troisième plus haute personnalité de l'Etat fédéral après le président et le vice-président, a surpris beaucoup d'observateurs le 5 mai dernier en déclarant qu'il n'était « pas encore prêt » à appuyer le présumé nominé de son bord politique. Au cours d'une réunion prévue aujourd'hui (12 mai) entre les deux hommes, le Speaker devrait lui signifier les conditions de son soutien.

Novice en politique malgré de précédentes (simulacres ?) tentatives de candidature à la présidentielle américaine, Donald J. Trump, qui n’a jamais été élu au suffrage universel, est pour le moins un candidat insolite à l’une des plus hautes fonctions politiques au monde. Les raisons aux rejets grandissants de sa candidature, malgré ses victoires, sont sans doute à chercher dans le recueil non exhaustif des analectes trumpiens ci-dessous :

  • À propos des Africains Américains (les Américains de peau noire) : « La paresse est un trait de caractère chez les Africains Américains. »
  • À propos des Juifs Américains : « Je déteste l’idée d’employer des noirs comme comptables. Les seules personnes à qui je veux confier mes comptes sont ces mecs de petite taille qui portent tout le temps une kippa. » 
  • Avortement : « Il devrait y avoir une certaine forme de punition à l'encontre des femmes qui recourent à l’avortement. »
  • Les Mexicains : « Lorsque le gouvernement du Mexique expédie ses populations aux États-Unis, il ne nous envoie pas les meilleurs parmi eux. Il ne laisse pas venir des gens comme vous et moi. Mais plutôt des individus dégoulinant de vices, qui les importent dans notre pays. Ils importent aussi le trafic de drogue, la criminalité. S’ils ne sont tout simplement pas des violeurs ! Même si, je présume, certains parmi eux sont des personnes convenables. »
  • À propos des musulmans : « Il faudrait un arrêt total et complet de l’entrée des musulmans sur le territoire américain jusqu’à ce que nos représentants y voient plus clair. »
  • À propos du héros de la guerre du Vietnam et ancien candidat républicain à la Maison-Blanche, le sénateur John Mc Cain : « Il n’est pas un héros de guerre. Il est considéré comme héros de guerre tout simplement parce qu’il a été capturé par l’ennemi. Je préfère les combattants qui n’ont pas été faits prisonniers. »
  • La torture : « Ne me dites pas que cela ne donne pas des résultats. La torture marche les amis, croyez-moi. »
Malgré tout cela M. Trump a déjà battu les records détenus par Mitt Romney (candidat en 2012) et George W. Bush (43e président de 2001 à 2009) concernant les votes populaires en totalisant près de 10 924 682 voix. En escomptant les votes qu'il glanera dans les sept Etats qui vont organiser leurs primaires dans les jours à venir, il a la chance d'être celui qui aura engrangé le plus de voix dans l'histoire des primaires républicaines tous candidats confondus. Et là, personne ne pourra l'empêcher de crâner à nouveau devant les caméras dont il raffole. Et malgré les mises en garde du président Obama, la possibilité de voir la star de la téléréalité importer son public, ses mœurs et sa praxis sur le champ politique est très réelle. Et le Donald aura ainsi amorcé une métamorphose insoupçonnée de la démocratie en Amérique.