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Journal d'un bobo black

Samone Ndiaye est un écrivain sénégalais qui vit à Paris (France). Ce texte est extrait de son troisième roman Schengen Vertigo, Sinig, 2010.

Par Samone Ndiaye
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Le figé m’embarrasse. J’adore les idées. Même celles incognito dans ma tête comme la présente entrain de muter (au moment où je monte dans le taxi) en décision ferme, liée au syndrome du cartilage du vieil âge au féminin; décision aux antipodes des survivances de mon statut de primo ignorant auprès des femmes; statut qui m’enthousiasmait au point d’écrire sur ma porte d’étudiant boutonneux: “Mon rêve est d’aimer une seule femme dans ma vie”. Sauf que j’aime les femmes ! Qu’elles soient des pièges lascifs au service d’elles, des naufragées dans les méandres de l’image commune, des marâtres aux cœurs rancuniers, des madones, des sorcières, des vieilles, des muses, des paysannes aux comportements anonymes. Humer la féminité de l’air errant n’a rien d’égal pour moi. Saupoudrer mon corps de henné et attendre que la douce clameur de l’auriculaire d’une femme l’effleure est, pour moi, le summum du bonheur. Les femmes, je les aime ! Le toucher féminin m’emporte loin. Qu’il vienne de la gracieuse aux hanches étroites et aux seins menus, ou du modèle féminin plus enveloppé. Qu’il vienne de celle qui s’alimente de sauce aigre et acide, ou de la petite gourmande au ventre bedonnant, arrimée devant les rayons de chocolat. Qu’il vienne de celle dont l’embonpoint est inconvenant, ou de celle dont la beauté est une obligation, ou encore celle noyée dans l’indifférence urbaine par sa différence…

Le taxi me dépose au-devant d’un immeuble Haussmannien à la rue Brémontier, dans le XVIIe arrondissement de Paris. La gardienne m’accueille dans le hall. Son front est adipeux, sa dégaine est celle d’une marâtre rancunière. Son œil censeur est entrain de foudroyer le visage en ébauche de Mandela, le crâne en finition de Gandhi, mais surtout la moustache emblématique de Hitler. À côté d’elle, Mme Perrin, dans son pull-over vert, fronce les sourcils devant mon tableau dont la présence impérieuse a fait, vachement, effet. Et fait effet!

  •  Vous pouvez récupérer votre truc dégueulasse, je ne souhaitais pas le garder chez moi, vitupère la gardienne. 
  • J’ai demandé au coursier de l’envelopper et de vous le donner de ma part. Normalement le tableau ne devrait pas être nu. Je suis désolé. 
  • Il est là, vous pouvez le prendre et vite car c’est l’heure du retour des enfants de l’école.

Mon esprit-nageoire m’évite une noyade au milieu d’une rade de digressions sur les artistes Je-m’en-foutistes entretenue par la gardienne et Mme Perrin, dont le colifichet bleu noué en haut et à droite de son pull-over la rend plus Anti que dans mon pari. (J’appelle tous les conservateurs des Anti: anti-euthanasie, anti-avortement, anti-…) J’accompagne l’éclipse de la gardienne par un involontaire mais indiscret « Fais chier! ». Mme Perrin, mécène outrée par la cohue dans mes pensées, me jette un coup d’œil appuyé. 

  • Ce n’est pas destiné à la gardienne, dis-je pour réparer. 
  • MADAME RODRIGUE, elle s’appelle!, s’énerve Mme Perrin.
  • Autant pour moi. Aussi, je tiens à vous dire que ce que vous voyez là n’est qu’une ébauche.

La position de mécène ne s’improvise pas. D’abord, Mme Perrin a plié ostensiblement les fins doigts de sa main gauche et les a logés harmonieusement dans sa paume droite. Le bout de son châle bleu foncé flirte avec le croquis fait par le début de sa poitrine plate. Ses jambes, au kilométrage nul, sont aiguillonnées par la fente de sa jupe bleu pétrole pour ne bouger qu’en fonction de mes éventuelles maladresses sensorielles. Quand je me suis déplacé vers elle pour lui tendre ma fougueuse main, sa jambe droite, nonchalamment, a giclé comme pour me signifier la distance à laquelle je dois me tenir. La gauche, aux aguets, prête à me tenir en respect. Comment? C’est la première fois que j’ai à traiter avec ce modèle de personnalité. Présentement, Mme Perrin est en plan « Je t’écrase ». Son regard en plongée sur moi quoique je sois plus grande qu’elle.

  • Vous m’avez caché la vérité. Décidément… Je suis cosmopolite mais pas à ce point! J’ai soutenu votre dossier artistique parce que moi-même je suis fille de… Bref! Ne vous perdez pas dans des considérations politiciennes si vous voulez atteindre votre but. 
  • Vous pouvez me croire… 
  • Et cette mocheté-là?
  • L’ébauche peut apparaître comme une mocheté pour autrui.
  • Ce n’est pas clair votre histoire de tableau.

Un air de soumis pour désamorcer cette conservatrice cosmopolite qui, dans une vie autre, était, certainement, une bombe serrée dans un corset. 

  • Je sais Mme Perrin, ce n’est pas clair parce que c’est une ébauche. 
  • Ce n’est pas clair parce que… Tout ce qui n’est pas clair n’est pas Français. Retiens ça !
  • Français comme la langue ou comme la nationalité?

Elle me sourit. Sa main se veut généreuse quand elle la pose sur mon bras qu’elle souhaite quémandeur. Un quémandeur pas bavard. 

  • Vous êtes un duvet naissant, ne vous perdez pas dans de vieilles polémiques inutiles.
  • Merci! Rassurez-vous, La Niche ne sera pas inutile. 
  •  Ce que je vois là …
  • La Niche représente à la fois la grandeur, l’horreur, la sottise chez l’être humain. J’ai pensé représenter la grandeur par le crâne de Gandhi et le visage de Mandela ; l’horreur par la moustache de Hitler ; le tronc est sous forme d’un bras relié à la moustache de Hitler par un doigt d’honneur ; le bas-ventre est le cul renversé d’un unijambiste.
  • Au niveau du bas-ventre, vous avez écrit S sur Afrique = S+S. 
  • « Sottises sur l’Afrique », entretenues par qui vous savez. Mais encore une fois, c’est une ébauche. Les ébauches d’artistes sont un fourre-tout.
  •  Vous savez que mon action n’est pas politique M. Tofaye.
  • Je ne fais pas de la politique. Concernant le bas-ventre de La Niche, ça représente les duels d’honneur que je me dois à moi-même.
  •  Encore un illuminé! 

Maintenant, d’une décision d’armistice, mais mûrie : je confesse avoir succombé à la tentation de ne pas vieillir sexuellement avec une vieille femme. La vieillesse des corps est la cause de mon chagrin existentiel lequel s’est manifesté, récemment encore, à ma sortie d’un concert des Stones à Paris. Ça me chagrine de voir des Papys aux os soulevant leur peau fanée se frayer des sentiers les détournant des horizons aphones, en faisant remonter leurs belles années à travers un pot-pourri de notes vaseuses et de désuètes techniques de corps. De ma décision d’armistice… La vie de couple est un jeu de décisions d’armistice entre deux égoïsmes aigus chevauchant un tronc commun : chacun doit tirer le maximum de l’autre. Je la tenais cette fille, Anna, une brune aux yeux verts, doctorante à la Sorbonne. Maintenant, je ne sais plus. Anna est devenue une sérieuse danseuse de classique, à la beauté nue reconnue par le tranchant rasoir code rétinien de Saint-Germain-des-Près. Au début de notre rencontre, elle avait un sacerdoce : ne pas survivre au-delà du passage de sa peau du tonique à flasque. « Bousille-moi, coupe-moi en morceaux, tant pis, mais ne me laisse pas vieillir. » Mes compétences de gourou sont inexistantes. Anna s’était décidée, seule, sans même penser au bistouri. Mon intervention s’était limitée à lui rappeler ce que j’avais retenu d’un ami chirurgien esthétique: « Aux parties mêmes proportionnées, les corps mille fois passés au bistouri ne présentent pas une nouvelle apparence plus belle que l’originale. » Quand arrive le passage du tonique à flasque, il faut l’accepter. Rien ne l’arrête! 

Pire, si on tente avec l’hydroquinone dont les séquelles sont exubérantes chez les B.E.D, Blacks Enrobées Dépigmentées, comme ma Cousine. J’ai intégré le cénacle restreint des Artistes de la Merda Artista en peignant un tableau s’inspirant du physique kaléidoscopique de ma Cousine. D’ailleurs ce tableau s’appelle Kaléidoscope. Son visage y a l’apparence d’une nappe chocolatée parsemée de sortes de figures géométriques à l’image des deux traces partantes du nez pour former au niveau de la bouche un triangle avec comme troisième côté la lèvre inférieure comparable, par moments, à une asymptote. Bien qu’elle soit noire, sa peau n’est pas totalement noire. Ses mains semblent être dépourvues de mélanine. Son épiderme est fragilisé par une surdose d’hydroquinone — tout comme mère Nature. De fins traits rougeâtres la traversent. Ma Cousine est une noire enrobée à la peau blanchie à coups d’hydroquinone, dégageant quasiment une odeur de cadavre en putréfaction. Sa peau fait crac-crac. Avec son arsenal de produits de beauté contrefaits labellisés Beauté Black, elle fait tableau d’art de l’Ecole de la Merda Artista. Une mascarade ! Une odeur de Merda Artista de l’artiste italien Piero Manzoni: de petites boîtes de conserve contenant les selles de ce dernier. 

Mme Perrin me donne les clefs et me désigne le dessin d’une petite flèche blanche indiquant un escalier de service aux marches poussiéreuses et aux murs embrumés par le halètement de mon souffle vers le sixième étage, où m’accueille un couloir scotché de part et d’autre de locaux aux devantures impersonnelles: Hôtel Pomidan! Mon rêve d’une étreinte lascive avec un atelier d’artiste va se réaliser. J’ai ouvert la porte 8. Timidement et nerveusement, j’ai réussi à y faire plus de dix pas. C’est comme si j’entamais une équipée baveuse dans une bouche appareillée de vieille fille à la logorrhée inaudible, tellement l’intérieur est sans saveur. Sans odeur particulière. Le précédent artiste y a laissé sa trace : une sorte de planche d’un Moineau Perdant l’Equilibre En Plein Vol. Sur le bureau trône une coupure de journal : « Lena Adelsohn Liljeroth, ministre de la Culture suédoise, se trouve bien embarrassée par une affaire dont elle se serait volontiers passée. Le dimanche 15 avril, elle a participé à un vernissage au musée d’art moderne de Stockholm en lien avec le World Art Day (Journée mondiale de l’art). Au cours de ce vernissage censé être axé sur la lutte contre l’excision et les mutilations génitales, la ministre de la Culture a commencé à découper un large gâteau en forme de femme noire (voir photos ci-dessous), commençant symboliquement par le clitoris.»

Le Moineau Perdant l’Equilibre En Plein Vol et la ministre suédoise de la Culture s’amouracheront au milieu de la dépouille de rebuts d’un régime carnivore d’artiste, dans cette poubelle au laid design gisant au nez de mes godasses. Rien ne me privera d’une extase solitaire le premier soir dans mon atelier. Même l’apparition bruyante d’une voisine, à la fenêtre de sa cuisine, le téléphone collé à l’oreille, débitant le seul mot : « Connard ! ». Peut-être ! Je serais encore entrain de penser au visage sans fatigue de Mme Perrin si je n’étais pas happé par le visage de déception de mon indiscrète voisine. Je ne suis pas un puceau de la mécanique de la déception. Cette voisine est vraiment déçue. La voilà réapparaître quelques minutes plus tard dans une posture d’affligée : la jambe droite légèrement devant par rapport à l’autre, une tasse écrite dessus « Pois Chiches » à la main gauche, et la main droite a l’indélicate tâche de masquer la CSV — Ceinture Surplus de Viande —, située en bas de son nombril. Après avoir mordu sur une grosse tomate pelée (élément de mon protocole de création), je griffonne en capitales sur une feuille : Si l’amour existait, il ne serait pas un sentiment. Je la colle au nez de la fille à la tasse « Pois Chiches ». Ensuite, je mets de la musique. Je n’écoute que deux chansons depuis que j’ai intégré le cénacle de la Merda Artista: toujours une chanson de Yandé Codou Séne, associée à une autre. Aujourd’hui c’est avec My name is Stain du groupe Shaka Ponk dont la ressemblance musicale est établie avec une chanson des Baye Fall, cette communauté de Rastas du Sénégal adepte des principes de la prière et du travail. 

Le décor sonore du couloir hérite d’un râle, probable mélodie d’une libido indomptable. À peine mon nez pointé dans le couloir, ma coupe Afro est déjà ivre de la fumée de marijuana s’invitant à partir d’interstices invisibles et se mouvant en esquisses d’art naïf. Dans cet espace clos où s’embrassent ma coupe Afro et la fumée de la marijuana, l’impression d’une galerie s’imposant en moi est vite actée par l’apparition d’un homme d’environ 1 m 75 (presque ma taille), cheveux hirsutes (moi j’ai les cheveux à la coupe Afro), pas de barbe (ma barbe est de deux mois), me tendant la main. La nonchalance de ses mouvements interfère dans ma tentative à deviner son âge. Sûrement plus jeune que moi, entre 25 et 27 ans. 

  •  Bonsoir, moi c’est Lucas.
  •  Samba Tofaye.

Derrière lui apparaît un visage d’une jeune fille brune. Un visage pas trompeur ! 

  • Moi, je suis Pronto Sexe.

Nos rires sont confondus.

  •  C’est drôle non. Je teste un rôle où je dois jouer une délurée Italienne. Imagine, une Finlandaise qui joue l’Italienne délurée.
  •  Italienne expressive…, Sud de l’Italie, précise Lucas, passant par-derrière pour fermer la porte du couloir. Simultanément, la Finlandaise qui-joue- l’Italienne-expressive me demande de lui parler de mon travail en me glissant dans l’oreille : « Ma chatte n’est pas raciste comme celle de ma mère. » Ce petit jeu anéantit, mais de peu, mon envie machinalement vorace de cette fille. La tentation d’un compliment d’argotier : « Elle me fait bander. » Ce compliment d’argotier a une autonomie particulière et peut s’utiliser sans faire allusion à l’envie effective d’un conclave-coït. Juste une envie machinalement vorace. 

Comment ai-je quitté ma réflexion autour de la fumée de la marijuana pour faire des acrobaties d’esprit sur le sens d’un compliment d’argotier ? C’est l’effet que me fait mon premier soir à Pomidan. Puis arrive un homme, grand, large, le genre…

  •  Uti voilà Samba, c’est le nouveau pensionnaire de Pomidan. Samba, Uti, le majordome du diplomate africain du deuxième étage. Majordome ou cuistot, comme vous voulez.

Uti lui adresse un Tchiip.

  • Ah c’est énorme, il l’a fait son Tchiip. Refais Uti ! J’adore comment tu le fais. Drôle, jubile Lucas.

Le Tchiip est une onomatopée, homologuée Afrique noire, proférée par une paire de lèvres charnues contenant délicatement la poussée d’une langue moulue entre les dents. Une de mes sœurs, Nandité, était un as du Tchiipatou (l’action de faire du Tchiip) quand elle était encore célibataire et qu’elle organisait des coladéras ( bals à entrée payante tenus, jadis, entre quatre bâches où l’on dansait Brigadier Sabari ). Les garçons s’habillaient en pantalon Super Cent et en chemise Cardin. Les filles se hissaient, angéliquement, dans leur robe en flanelle. Dans un coin, une grande jarre en terre rouge remplie d’eau douce, sur laquelle était posé un magnétoscope, servait d’amplificateur. Ce qui offrait un son haché et convenable aux dizaines de cavaliers impétueux. Et nous, petits sauvageons, nous les espionnions à travers les trous.Nous nous évadions comme des lièvres au premier Tchiip. Surtout celui de ma sœur. Ce qui représentait un avertissement précédant un concours de lancer de « coquettes-godasses » (talons hauts) sur nos frêles corps. Il y avait une copine de ma sœur tellement adroite qu’à chaque coladéra, elle blessait un de mes potes avec ses « coquettes-godasses » aux bouts pointus qu’elle dénichait auprès des fripes.

  • Je milite pour que les chambres de Pomidan ne soient pas toutes prêtées à des artistes. Tu sais, il y a de cela cinq ans, Pomidan c’était un repaire de bons coups pour moi. Ton atelier, avant le connard d’artiste contemporain, c’était la piaule d’une meuf. Et je me rappellerai toujours ce truc qu’elle m’avait dit… Je reviens; je vais aux chiottes, s’excuse Lucas.
  • Quand il fume sa merde, il ne fait que palabrer. C’est un mensonge. Avant il pensait bien, maintenant il est foutu. Je connais ses parents, ils sont comme ça, relève Uti qui fait le signe ok avec son pouce ressemblant plus à une gueule de truie.
  • Je t’entends Uti, lance Lucas depuis les toilettes situées à quelques mètres de la porte du couloir. Tu parles, mais tu ne dis jamais où ton patron tire son pognon. Il pique dans les caisses de votre bled. Comment peut-on être simple diplomate et vivre dans la « sapologie »? 
  •  C’est quoi la « sapologie » ? 
  • C’est toi qui m’en as parlé.
  • N’est pas simple qui est diplomate, barbouille Pronto Sexe, les yeux mi-clos.
  • Encore ! Encore !, charrie Lucas.
  • C’est toi qui devrais la fermer, peste Uti.
  • « Sapologie » ou pas, ton patron vit avec de l’argent mal acquis. Si je peux en profiter, c’est sans gêne. Vu que… 
  • C’est quoi « Sapologie »?

Uti me lance « Bonne soirée » suivi d’un « On est ensemble frère ». Il vient de me parler en Nayo, l’argot des blacks de Paris, déclinaison Génération Cousin. C’est un accent Coupé Perché (faisant scotcher la lèvre supérieure au bout du nez) se terminant par un « On est ensemble frère ».

  • Je te redis bienvenu à Pomidan, l’hôtel constamment habité par une fumée opiacée, enchaîne Lucas.
  • Les effets comiques de la marijuana ?
  • Pas vraiment le club des Hachichins ici, même si ça y ressemble un peu… 
  • Tu sais qu’à Pomidan, je veux dire aux temps du vrai hôtel Pomidan, c’était une invitation aux voluptés hachichines.
  • Oui mais, si j’ai baptisé ici Hôtel Pomidan c’est… Comment dire? Ok t’as raison, ici c’est Pomidan comme aux temps de l’hôtel Pomidan, l’antre du paradis artificiel.

Il s’esclaffe. Moi, pareil. On se fait un Hi Five!

 Please!, arrêtez d’argoter. Je vais m’énerver, menace Pronto Sexe.

 T’adores ça, dis-le! T’adores quand j’argote avec des potes.

 Ce n’est pas ton pote, tu viens de le connaître.

 Il pige vite. Tu vois, j’avais parié qu’il serait capable de piger vite.

Oui bon! Mais je ne crois pas qu’il soit aussi chaud que toi, parce que toi t’en prends trop. Heureusement que tu n’es pas artiste. Les artistes, les vrais savent qu’on ne crée pas sous l’empire des excitants.

 Alors c’est quoi la suite de la citation? Tu vois, même les citations que tu me piques t’as du mal à les réciter. 

 On crée à jeun par l’exercice quotidien du travail, complète Pronto Sexe.

Dans la foulée de cette citation, entre deux traversées de fumée opiacée, Pomidan se révèle en moi comme un endroit sympathique où l’on cite Baudelaire et Théophile Gautier en tirant sur d’obèses joints de marijuana. 

Le Protocole : Mme Perrin m’a prêté un atelier d’artiste pour me permettre d’atteindre un objectif qui est de financer avec l’argent de la vente de mes créations la construction d’un petit hôpital dans le village où est mort, pour défauts de soins, mon oncle Faap Sémou, surnommé Napoléon III, ancien soldat du dix-neuvième Bataillon des Tirailleurs Sénégalais. Déjà mon choix du village d’accueil de l’hôpital ne fait pas l’unanimité. L’infirmier de ce village trouve mon choix insensé. Il m’a parlé au téléphone. Je l’ai entendu mais pas écouté. Surtout qu’il veut que je lui paye un téléphone dernier cri. « L’escroc ! »

Mes créations sont:

1- La Niche : en phase d’ébauche d’un personnage avec le crâne de Gandhi, le visage de Mandela, la moustache et la bouche de Hitler, le tronc est sous forme d’un bras relié à la moustache de Hitler par un doigt d’honneur, le bas-ventre est le cul renversé d’un unijambiste.

2- Essai : le titre n’est pas encore trouvé. Le contenu : sur la politique ? Sur tous les poncifs de la politique.

3- Concept : j’ai trois mois pour trouver un concept. 

4- Talismans de Napoléon III : organiser une expo autour des Talismans de Napoléon III. Il est d’urgence d’entrer en contact avec Mme Louise la fille de Demoiselle du Pont Neuf, l’ancienne marraine de guerre de mon oncle Napoléon III.