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S. Bachir Diagne: "Il y a un regain d'intérêt pour les élections dans la diaspora"

Le Pr. Diagne parle de sa mission de président de la Decena des États-Unis.

Par Ngagne Fall
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Professeur Souleymane Bachir Diagne/CE

SunuNews: Pouvez-vous nous donner les raisons qui vous ont poussé à postuler à la présidence de la Délégation extérieure de la commission électorale nationale autonome (Decena) des États-Unis? 

Souleymane Bachir Diagne: Je n’ai jamais postulé à la présidence de la Decena. En vue des élections qui se sont déroulées en 2012, la Cena (Commission électorale nationale autonome) du Sénégal était venue à New York pour demander qu’une Decena soit mise en place. J’avais assisté à la réunion et mes compatriotes présents m’avaient fait confiance pour présider la Decena en question, en compagnie de trois autres membres. Et cette confiance a fait que j’ai porté cette responsabilité pour les élections présidentielle et législatives de 2012, et puis pour le dernier référendum. Cette fois encore la Cena m’a demandé de rempiler avec toujours Pape Sène Drame, qui a été président de l’Association des Sénégalais d’Amérique (ASA) pendant longtemps. J’ai travaillé avec lui dans les différentes Decena. Il y a aussi Sidy Badara Mbodj et un représentant du Consulat général qui se trouve être Salim Ka. Donc, comme je le dis à chaque fois si la communauté sénégalaise me fait confiance, je ne pense pas que j’ai le droit de refuser, bien que ce soit une charge très lourde.

 

SunuNews: Vous supervisez le processus pour toute l’Amérique du Nord? 

Souleymane Bachir Diagne: Je supervise les États-Unis. Il y a aussi une Decena au Canada; actuellement il y a une commission là-bas en train d’inscrire nos compatriotes. Nous gérons les bureaux de vote qui ont été ouverts aux États-Unis dont la plupart sont à New York. New York concentre à peu près la moitié du corps électoral. Il y a d’autres grandes villes américaines également.

 

SunuNews: Est-ce que la récente refonte du fichier électoral a provoqué des changements notables dans la campagne d’inscription actuelle? 

Souleymane Bachir Diagne: Le principal changement c’est que nous avons des cartes d’identité nouvelles fabriquées pour l’ensemble de la Cedeao. Je souligne toujours que c’est important. D’abord, symboliquement parce que cela veut dire que notre intégration Cedeao est en marche. L’idée même d’avoir une carte d’identité pour tous les citoyens de la Cedeao montre que la citoyenneté ouest-africaine avance, indépendamment de nos élections. Deuxième aspect pour ce qui est des élections sénégalaises, c’est que cette carte toute seule fait office des anciennes carte d’identité et d’électeur. C’est à dire que c’est dans un même mouvement qu’on s’inscrit pour avoir la carte Cedeao qu’on s’inscrit sur les listes électorales. C’est ça la refonte partielle de ces listes électorales. Maintenant, il suffira simplement de ce document-là pour voter, c’est donc un changement assez important par rapport aux éditions précédentes.

 

SunuNews: Avec la révision du Code électoral et la nouvelle mesure concernant l’élection de 15 députés pour la diaspora, avez-vous constaté un élan nouveau dans les inscriptions? 

Souleymane Bachir Diagne: En ce moment les inscriptions ont connu une hausse. Maintenant, à quoi c’est dû, c’est une question qu’il faut se poser. Pour toutes les élections que j’ai supervisées, en tant que président de la Decena, l’ensemble du corps électoral sénégalais aux États-Unis ne faisait pas 10 000 inscrits. Et là, alors que les inscriptions seront bouclées avant la fin du mois d’avril, nous sommes à 10 600. Cela veut dire qu’il y a une augmentation très nette des inscriptions. Est-ce que c’est le regain d’intérêt pour les élections parce qu’il y a des candidats de la diaspora? Je pense que c’est un paramètre qui est effectivement important pour expliquer le fait que le corps électoral se soit gonflé d’une manière assez significative. Et on peut considérer que cela va continuer.

 

SunuNews: L’attribution de 15 députés pour représenter la diaspora dans la prochaine législature a été controversée. Qu’est-ce que vous en pensez?

Souleymane Bachir Diagne: Je crois qu’il y a un consensus sur la question de la représentation de la diaspora. Je suis moi-même d’accord sur cela. C’est sur le nombre qu’il y a une dissension entre les partis politiques, et dans mon rôle de président de la Decena, je ne peux pas me prononcer sur ce débat publiquement.  

  

SunuNews: Vous arrive-t-il souvent d’effectuer des déplacements à l’intérieur des États-Unis dans votre mission de supervision? 

Souleymane Bachir Diagne: Aujourd’hui avec l’expérience acquise depuis 2012, on fait moins de déplacements. En plus des quatre membres de la Decena, dont moi, qui ont prêté serment, il y a un certain nombre de contrôleurs qui représentent la Decena dans les différentes villes. D’une élection à l’autre, il arrive que je change des contrôleurs soit parce les gens se sont déplacés, soit parce qu’ils ont rejoint des partis politiques, or il faut que les membres de la Decena soit d’une neutralité politique absolue. Toutefois, il y a un ensemble stable de gens expérimentés sur qui je peux vraiment compter. Ainsi pour ces élections, je n’ai pas eu besoin de me déplacer. Pour chaque ville, je réactive le réseau qui est sur place. Je demande à mon représentant de reprendre du service, et la commission nationale lui apporte les cachets sans l’apposition desquels aucun acte électoral n’est valable.

 

SunuNews: Recevez-vous des réclamations de la part de compatriotes relativement à l’absence de centre d’inscription ou de bureaux de vote dans leur zone de résidence?

Souleymane Bachir Diagne: Ce genre de réclamations sont adressées aussi bien au Consul général qu’à moi même. Pour les inscriptions, nous n’allons pas seulement dans les localités qui sont des bureaux de vote. Nous essayons d’aller à la rencontre de nos concitoyens là où ils se trouvent pour faciliter leur inscription. C’est ainsi qu’aujourd’hui notre équipe sera à San Diego qui n’est pas sur la carte électorale. Nous sommes aussi allés à Seattle, à Las Vegas, etc. Partout où l’on nous signale qu’il y a beaucoup de Sénégalais, nous y allons pour leur faciliter la tâche. Mais au jour du scrutin, seuls les bureaux de vote déterminés par le ministère de l’Intérieur du Sénégal fonctionnent. On peut s’inscrire à San Diego, mais il faut aller à San Francisco pour voter.

 

SunuNews: Que pensez-vous de l’impact supposé ou réel de la diaspora dans la vie politique au Sénégal? 

Souleymane Bachir Diagne: J’ai dit dans une réunion de la Commission nationale où tous les partis politiques étaient représentés que le défi de l’inscription, c’est aussi le défi d’une vraie représentativité. C’est à dire que si nous sommes simplement 10 000, il est vrai que nous ne pesons pas grand chose. Souvent lors des élections que j’ai supervisées ici, il est arrivé qu’au moment où les gens sont dans la queue pour aller voter, avec le décalage horaire, on a les résultats au Sénégal, et on sait que c’est déjà joué. Ce qui renforce l’idée que ce que l’on est en train de faire n’aura aucune incidence sur les résultats là-bas. C’est une réalité démographique. Mais, par ailleurs, il y a le poids que la diaspora sénégalaise a aujourd’hui dans l’économie du pays. Le poids symbolique de dire que les Sénégalais à l’extérieur restent collés à l’actualité politique de leur pays et voici comment ils ont voté. Les Sénégalais à l’extérieur qui vivent des réalités autres, celles de la diaspora tout en étant connectés avec leur pays, leur vision des choses, la manière dont ils votent, leur propre inclination politique, tout cela a un sens sur lequel il faut réfléchir. Ce qui fait que leur poids symbolique à mon avis l’emporte sur leur poids démographique.