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Obama dans l'impossibilité d'esquiver les tensions raciales

Du Black Lives Matter au Blue Lives Matter ou la grande discorde raciale dans l'Amérique du président Obama.

Par Ngagne Fall
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President Obama au centre des tensions raciales / Montage SunuNews

À quelques mois de la fin de son second mandat, le président Barack Obama, dont l’élection en 2008 avait accrédité une plausible amélioration des tensions raciales aux Etats-Unis, se voit obligé de tenir, avec une relative fréquence, des points de presse pour assurer les Américains qu’ils ne sont pas « aussi divisés » sur ce sujet que les faits le suggèrent en apparence. Ce mois de juillet 2016, les décès de Philando Castille (Saint Paul, Minnesota) et Alton Sterling (Baton Rouge, Louisiana) ont porté à 123 le nombre d’Afro-Américains mort sous les balles de la police en 2016. Le jeudi 7 juillet, lors d’une marche de protestation contre ces meurtres coordonnée entre autres par le mouvement Black Lives Matter à Dallas, cinq policiers blancs ont été abattus par un vétéran Afro-Américain. 

À la cérémonie commémorative organisée le 11 juillet, le président Obama a reconnu avoir participé à trop de « cérémonies de ce genre » dans le cours de sa présidence. Une semaine plus tard, le dimanche 17 juillet, une fusillade à Baton Rouge (Louisiana) entre forces de l’ordre et un vétéran Afro-Américain des Marines a causé la mort de ce dernier et de trois policiers, obligeant M. Obama à se prononcer de nouveau sur cette lancinante question des tensions mortifères entre la police et la communauté noire pour exhorter les Américains à oeuvrer à « unir le pays plutôt que de le diviser ». Il a ainsi martelé : « Nous n’avons pas besoin de rhétoriques enflammées. Nous n’avons pas besoin d’accusations imprudentes lancées pour marquer des points politiquement. Nous devons contrôler nos paroles et ouvrir nos cœurs. »

Toutefois, un récent sondage publié par le New York Times révèle que 69% de la population pense que les relations interraciales sont déplorables en général. Six Américains sur 10, interrogés lors de cette enquête conduite au lendemain de l’assassinat des policiers à Dallas, soutiennent que les tensions raciales se sont empirées entre 2015 et 2016. Au cours de la présidence Obama, celles-ci auraient atteint un pic comparable à la situation prévalant lors émeutes consécutives à l’acquittement en 1992 des policiers inculpés dans le tabassage de Rodney King à Los Angeles. 

L’ambiance de campagne présidentielle et la personnalité incendiaire et insaisissable du candidat républicain n’aidant pas, le discours rassembleur du président Obama risque de rester inaudible. Dans cette Amérique dont la division parait de plus en plus radicale relativement à la question raciale, il semble aujourd’hui plus que jamais périlleux de sacrifier la résolution de cette gangrène de la démocratie américaine au pur spectacle consubstantiel à la présidentielle.