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Stratégie de BBY à Touba, gagner la ville sainte à tout prix

Malgré les manœuvres stratégiques du camp présidentiel, une victoire à Touba est loin d'être garantie aux législatives de 2017.

Par Alioune Diop, Atlanta
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Le khalife général des mourides et le président du Sénégal/DR

Tout le monde le sait. Le Président Macky Sall n’a jamais digéré sa défaite lors du dernier référendum à Touba. Le fait que la ville sainte lui résiste encore, parmi toutes les autres grandes villes et métropoles du pays, ne lui est pas encore passé sous la gorge. Loin s’en faut. Un échec personnel d’autant plus grave au regard du poids symbolique que Touba représente. Mais également de sa réputation de bastion imprenable de son ancien (et futur) redoutable adversaire, le président Wade.

Pour relever l’affront et renforcer durablement son emprise unilatérale sur le pays, un deal très habile a été mis en place par le camp du président dont on connait la fierté et le goût des défis. Un plan qui devrait leur assurer une victoire éclatante lors des prochaines législatives, en mettant en jeu divers acteurs stratégiques de la ville sainte. Cette stratégie déployée en quatre actes constituerait pour l’actuel locataire du palais un  tremplin idéal pour 2019, surtout à l’horizon Ila Touba.

Acte 1 : Renforcer la mainmise et le contrôle sur l’entourage proche du Khalife des mourides, le saint Cheikh Sidy Moukhtar Mbacké, dont le désintéressement aux affaires mondaines est bien connu. Une détachement que certains de ses fils, porte-paroles et neveux sont loin de partager. En échange d’avantages financiers et autres faveurs, la loyauté de ces « faucons » a été ainsi solidement sécurisée par le régime.

Acte 2 : Suite à la proposition de ce groupe, il a été décidé de désigner comme tête de liste de la coalition gouvernementale (Benno Bokk Yaakaar, BBY) un Mbacké-Mbacké, membre de la famille et neveu du Khalife, dont le rôle médiatique prééminent dans l’organisation du Magal de Touba, le niveau intellectuel et l’appartenance symbolique à la famille de « Gaïndé Fatma » (à l’affiliation de laquelle se réclame le président), en font le « joker » idéal. Ce choix s’avère d’autant plus judicieux aux yeux du « shadow bureau » de Macky Sall à Touba que l’une des causes supposées des précédents échecs était due au caractère controversé des précédents leaders politiques, comme Moustapha Cissé Lo, rejeté par les populations de Touba. Le « joker », dont certains intérêts et dossiers prenaient le pas sur son amitié pourtant bien connue avec Khalifa Sall, fut convaincu (ou obligé) de se jeter dans la mare. Avec, à la clé, quelques promesses de nominations après élections (Ministre du quota mouride…). Malgré tous les risques qu’il encourrait en termes d’images et de discrédit chez une majorité de mourides.

Acte 3 : Pour court-circuiter les manifestations internes ou publiques de désaveu des mourides envers ce « mélange de genres », pouvant même s’avérer contre-productif pour le camp présidentiel (se souvenir du cas Béthio), une campagne de communication subtile a été imaginée. Elle consiste à insinuer implicitement que cette candidature découle d’une volonté du Khalife des mourides, qui aurait donné son « ndigël » (ordre ou, plus subtilement, autorisation) à son neveu pour représenter les « intérêts de Touba  à l’Assemblée nationale ». Cette stratégie sera exécutée graduellement avec la complicité du « shadow bureau » (porte-paroles permanents ou officiels, fils du Khalife et amis du président, acteurs politiques de second plan ou mouvements de soutiens fantômes à Touba etc.), à travers des sorties ou apparitions médiatiques (Laylatoul Khadr, autres évènements etc.) ou autres documents (lettres, articles et contributions commanditées) savamment distillés via les canaux médiatiques (sites web, presse etc.) contrôlés par le « joker » et qui reprennent systématiquement les contenus envoyés par ce dernier.

Acte 4 : Pour renforcer les probabilités de victoire de la coalition présidentielle à Touba et éviter l’humiliante débâcle du référendum, d’autres combines parallèles de rétention des cartes d’électeurs et de manipulation des bureaux de vote dans la ville seraient aussi très utiles.

Maintenant, reste à savoir si les mourides et les populations de Touba mordront à l’hameçon. Rien n’est moins sûr !