google  facebook   twitter
Newsletter :
Pendant qu'il est temps

Le 30 juillet 2017, les Sénégalais piocheront dans 47 listes pour élire leurs députés. Un membre de la coordination du Parti socialiste du Sénégal en France s'indigne.

Par Abdoulaye Sène, PS Sénégal, Paris.
content_image

Assemblée nationale du Sénégal/DR

Le 30 juillet 2017, nous irons aux urnes pour élire les députés qui vont siéger pour la treizième législature. 47 listes ont été déposées et validées par le Conseil constitutionnel. Les Sénégalaises et Sénégalais de la diaspora aux régions les plus reculées se demandent pourquoi cette pléthore de listes. Tout ce beau monde se soucie-t-il juste de représenter le peuple, de lui assurer une meilleure prise en compte de ses préoccupations ? Ou est–ce pour avoir une place au soleil, sous les cocotiers de la place Soweto ? Ou encore simplement pour une quête de reconnaissance ? Comme vous, chers compatriotes, j’essaie de comprendre l’entêtement de ces femmes et hommes à vouloir être députés.  

En France, lors des dernières élections législatives, il a été rapporté dans la presse que Henri Guaino, une éminence grise de l’ère Sarkozy, a pesté que ses électeurs sont « à vomir » au motif qu’ils l’ont éliminé au premier tour. Les avantages et autres privilèges attachés au poste de député auraient-ils fait perdre son flegme à l’auteur du fameux discours de Dakar de Sarkozy? Dans notre cher Sénégal, telles inélégances ont été constatées dès la confection des listes. Une ancienne ministre durant le magistère Abdoulaye Wade, a « boudé » la coalition dont elle faisait partie parce que Madame était en treizième position. Un mépris et une méconnaissance inadmissibles de son statut de grande dame d’une grande banlieue dakaroise. Une ville marquée du sceau de la violence depuis le meurtre ignoble d’une représentante du peuple, Mme Fatoumata Matar Ndiaye, cinquième vice-présidente du Conseil économique social et environnemental, et responsable de l’APR. Une ville où beaucoup de familles souffrent économiquement pendant que tant de jeunes, diplômés ou non, sont victimes du chômage. Madame a-t-elle pensé à ces familles dans le besoin et ces jeunes désemparés dans son caprice puéril ? Sans aucun doute, non ! Juste une parfaite illustration de la plupart des milliers de postulants qui coûte que coûte, veulent être députés. Dans la même logique boudeuse, un maire d’une autre banlieue dakaroise a tourné le dos à son parti. Pour vous, et comme pour bien d’autres, la conviction, la vertu et la morale politiques ne devraient pas exister,  et nous devrions nous contenter de vous regarder agir de la sorte.

Voilà pourquoi on en est arrivé à ce nombre faramineux de listes. Cela n’aurait jamais été possible si la politique n’était pas devenue l’ascenseur social par excellence. Chers compatriotes, pensez-vous un seul instant que tous ces gens qui sollicitent le suffrage du peuple pour le représenter, aspirent à le défendre, à être à son service en légiférant?  Permettez-moi d’exprimer un doute retentissant même si parmi ces candidates et candidats, il y a certainement des honnêtes gens, prêts à servir le peuple en vertu de leur engagement et de leur probité. Si on avait accordé la primauté à la qualité nous n’en serions pas là, à nous demander que faire avec 47 listes. Car, tous ces partis et coalitions auraient dû et pu trouver le moyen de s’entendre pour fusionner, en choisissant un critère de sélection accepté de tous. Maintenant, c’est le peuple souverain qui fera le tri à leur place au soir du 30 juillet. 

Beaucoup de reproches ont été faits à la douzième législature pour ses manquements, les querelles et autres « bisbilles », etc. Mais plus inquiétant, je n’ai jamais entendu parler d’une initiative parlementaire sur une cause nationale ou internationale. Combien de jeunes sénégalais ont péri en haute, fuyant la misère, armé de ce slogan preuve d’un désespoir extrême « Barça ou Barzakh ».  À ce jour, aucune loi, aucune enquête parlementaire pour comprendre et prendre les mesures qui s’imposent. Quid du drame du bateau le Joola survenu en 2002? Tant de tragédies qui ont secoué la nation entière, on s’en émeut, notre Parlement national reste impassible et on oublie ! 

Aujourd’hui, nous sommes contraints de choisir parmi 47 listes pour l’échéance électorale du 30 juillet, cette situation inopportune doit nous amener à réfléchir sur le rôle que doivent jouer nos députés dans notre démocratie. Notre Parlement ne peut plus se permettre d’être une chambre d’enregistrement. Et plus jamais cette pléthore de listes, ces associations de business. Ils incombent à nos prochains représentants de voter une loi pour nous débarrasser de la médiocrité et de l’égoïsme des hommes.